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George Eliot
Portrait de George Eliot par François d'Albert Durade (1881)
Biographie
Naissance

Paroisse civile de Chilvers Coton à proximité de Nuneaton dans le comté du Warwickshire
Décès
(à 61 ans)
Chelsea, quartier de Londres.
Sépulture
Cimetière de Highgate, quartier de Londres
Nom de naissance
Mary Anne Evans
Pseudonyme
George Eliot
Nationalité
britannique
Formation
Bedford College
Royal HollowayVoir et modifier les données sur Wikidata
Activité
romancière, nouvelliste, poète, journaliste, épistolière, directrice de publication, critique littéraire, philosophe et traductrice
Père
Robert Evans (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Mère
Christiana Pearson (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Conjoint
John Cross
Autres informations
Mouvement
RéalismeVoir et modifier les données sur Wikidata
Partenaire
George Henry Lewes
Genre artistique
Réalisme littéraire, roman psychologique
Influencée par
Honoré de Balzac, Charles Christian Hennell (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
?uvres principales
  • Adam Bede (1859)
  • Le Moulin sur la Floss (1860)
  • Silas Marner (1861)
  • Romola (1862-1863)
  • Middlemarch (1871-1872)
  • Daniel Deronda (1876)
signature de George Eliot
Signature.
Plaque commémorative.
Vue de la sépulture.

George Eliot, nom de plume de Marian Evans (Mary Anne Evans ou encore Mary Ann Evans), née le dans la paroisse civile de Chilvers Coton à proximité de Nuneaton dans le comté du Warwickshire et morte le dans le quartier de Chelsea, à Londres, est une romancière, nouvelliste, poète, journaliste, épistolière, directrice de publication, critique littéraire, philosophe et traductrice britannique.

Durant vingt-quatre ans, de 1854 à 1878, son union illégitime avec George Henry Lewes (qu'elle désigne comme « son mari »), un homme déjà marié, fait scandale. Lewes continue cependant à entretenir son épouse légale et leurs enfants, même après que celle-ci l'a quitté pour refaire sa vie avec un autre homme dont elle a d'autres enfants. En mai 1880, dix-huit mois après la mort de Lewes, George Eliot épouse John Cross, ami de longue date beaucoup plus jeune qu'elle et change son nom en Mary Ann Cross.

George Eliot est une figure majeure de la littérature victorienne. Ses sept romans, Adam Bede (1859), Le Moulin sur la Floss (1860), Silas Marner (1861), Romola (1862?1863), Felix Holt, le radical (1866), Middlemarch (1871?1872) et Daniel Deronda (1876), à l'instar de ceux de Charles Dickens et de Thomas Hardy, se situent dans une Angleterre provinciale (les Midlands ruraux) et relèvent des genres littéraires du réalisme et du roman psychologique.

Biographie

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Jeunesse et formation

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Famille

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Mary Anne Evans est la troisième enfant de Robert Evans (1773-1849) et Christiana Pearson (1788-1836). Robert Evans est d'ascendance écossaise, il est le régisseur d'une propriété de 7 000 acres, lieu de résidence ancestrale de la famille Newdigate, l'Arbury Hall, et habite avec sa famille une ferme en bordure de la propriété. Il avait épousé en premières noces Harriet Poynton. De ce premier mariage sont nés un fils, Robert (1802-1864) et une fille Frances, surnommée Fanny (1805-1882), Harriet Poynton meurt en 1809, peu de temps après la mort prématurée de leur troisième enfant, encore nourrisson. En 1813, Robert Evans épouse en secondes noces Christiana Pearson, la benjamine de Isaac Pearson, un yeoman et marguillier de Astley dans le Warwickshire. De leur union naissent une fille Christiana, surnommée Chrissey (1814-1859), un fils Isaac (1816-1890) et enfin le Mary Anne la cadette, la future George Eliot.

Quatre mois après la naissance de Mary Anne, au printemps de l'année 1820, la famille emménage dans une nouvelle résidence nommée Griff House (en), une maison de style georgien située sur la route entre Nuneaton et Coventry. Mary Anne y reste jusqu'à ses 21 ans.

Scolarité

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Dès l'âge de cinq ans, Mary Anne devient, avec sa s?ur aînée Chrissey, pensionnaire de la Miss Latham's School située à Attleborough, Warwickshire (en), non loin de Nuneaton. À neuf ans, elle est placée à la Mrs. Wallington's School de Nuneaton où elle reçoit l'éducation religieuse évangéliste de Maria Lewis, une enseignante d'origine irlandaise particulièrement pieuse qui deviendra ultérieurement son amie intime et sa confidente. Puis, de 13 à 16 ans, elle est scolarisée dans une institution d'enseignement secondaire, la Miss Franklin's School de Coventry dirigée par deux s?urs, Mary Franklin (en) et Rebecca toutes deux filles d'un pasteur baptiste. Elle y étudie la littérature anglaise, la littérature française, l'histoire, l'arithmétique, la musique et la diction. C'est ainsi que Mary Anne découvre Pascal, Shakespeare, les poètes anglais au premier rang desquels Lord Byron. Pendant ces années, elle développe une attention particulière aux questions religieuses et un respect marqué à l'égard de la religion.

Mary Anne lit The Linnet's Life, qui l'a marquée comme un des premiers présents reçus de son père, The Pilgrim's Progress de John Bunyan, Le Vicaire de Wakefield d'Oliver Goldsmith, les fables d'Ésope, et probablement son livre préféré Histoire politique du Diable de Daniel Defoe et le Complete Jest Book de Joe Miller (en). Elle est particulièrement impressionnée par la poésie de John Milton. La lecture des romans de Walter Scott, comme Waverley, lui donne l'envie d'écrire des romans.

L'anglicanisme évangélique

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Pendant son adolescence, Mary Anne vit dans un climat de querelles religieuses où s'affrontent baptistes, disciples de John Wesley, unitariens, quakers, congrégationalistes et anglicans. Ses parents font partie d'une communauté anglicane tolérante. Robert Evans refuse d'entrer dans des débats théologiques. Mary Anne, fortement influencée par l'anglicanisme évangélique de Maria Lewis, lit et relit la Bible en anglais, dans sa version dite du Bible du roi Jacques, durant tout sa scolarité à la Mrs. Wallington's School. Elle attache une attention particulière à la pensée des évangiles, notamment à leur exigence morale. Éthique qui s'affermit par la quête de son propre perfectionnement. Mary Anne devient de plus en plus puritaine, cette démarche se remarque dans les premiers articles qu'elle écrit dans les années 1840 dans les colonnes du Christian Observer (en).

Mort de Christiana Pearson

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À la fin de l'année 1835, Mary Anne est appelée par sa s?ur aînée Chrissey pour l'aider : leur mère est atteinte d'un cancer du sein est gravement malade et leur père souffre de calculs rénaux. Christiana Pearson meurt le . C'est la fin de la scolarité de Mary Anne, âgée de 16 ans, qui s'occupe dorénavant des tâches ménagères avec sa s?ur Chrissey pendant que leur frère Isaac seconde leur père pour la gestion du domaine.

De Mary Anne à Mary Ann

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Mary Anne est la demoiselle d'honneur de sa s?ur Chrissey lors de son mariage avec un médecin local, Edward Clarke, cérémonie célébrée le . Sur le registre du mariage, Mary Anne pour la première fois signe pour son prénom Mary Ann, cette élision du E final est probablement un geste symbolique signalant son nouveau rôle en tant que seule responsable de la tenue de la résidence familiale mais aussi probablement pour signifier une nouvelle identité.

Une période de transition 1837-1841

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Une zélatrice puritaine
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Après la mort de sa mère en 1836, Mary Ann, par sentiment de culpabilité tombe dans une sorte de fanatisme religieux, elle s'impose une vie ascétique faite de privations. Ce radicalisme puritain atteint son paroxysme en 1838. Lors d'un week-end à Londres, son frère Isaac lui propose de passer la soirée au théâtre, elle refuse, considérant qu'assister à des pièces de théâtre relève de vaines futilités et frivolités au même titre que la lecture des romans. En lieu et place, elle lit les Antiquités judaïques de Flavius Josèphe, un des livres « sérieux » dont elle s'autorise la lecture. Le lendemain, elle se rend à l'église Sainte-Bride pour écouter un sermon de Thomas Dale (en) qu'elle admire après avoir écouté ses poèmes à la cathédrale Saint-Paul où il fustigeait les hypocrites.

Son radicalisme puritain se manifeste également lorsqu'elle est invitée par Rebecca Franklin à assister à un concert donné en l'honneur de l'organiste et compositeur Edward Simms (en), le programme prévoit l'exécution de trois oratorios à savoir la Création par Joseph Haydn, de Jephtha par Georg Friedrich Haendel et Paulus par Felix Mendelssohn avec le ténor John Braham. La réaction de Mary Ann est tranchante, elle dénonce les numéros « acrobatiques » des danseurs au sujet desquels elle considère que s'ils ne sont pas blasphématoires, ils sont du tout du moins plus que déplacés. Elle écrit à Maria Lewis que plus jamais elle n'assistera à un oratorio.

Le style de vie austère de Mary Ann surpasse de loin celui de ses amies qui passent outre ses indignations, Rebecca Franklin continue de voir des oratorios, et Maria Lewis d'écrire des romans.

L'autodidacte
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Son refus de lire des romans jugés « comme perte de temps » pour ne lire que des livres dits sérieux conduit Mary Ann Evans dont la curiosité est immense à lire divers traités concernant des domaines variés : histoire, géologie, histoire naturelle, théologie, etc. Elle ne peut cependant se dispenser de lire des ?uvres régulièrement citées dans les manuels d'histoire littéraire comme le Don Quichotte de Miguel de Cervantes, le poème Hudibras de Samuel Butler, le roman d'aventures Robinson Crusoé de Daniel Defoe, le roman d'inspiration picaresque Histoire de Gil Blas de Santillane d'Alain-René Lesage, les poésies de Robert Southey ou de Lord Byron, les romans historiques de Walter Scott ainsi que le théâtre de William Shakespeare.

Mary Ann Evans approfondit sa connaissance du latin, et des langues de la Bible, pour cela elle acquiert la Concordance de Cruden (en) et la version polyglotte de la Bible éditée par Samuel Lee (en).

En 1839, dans un courrier à Maria Lewis, elle écrit avoir lu l'essai Chartism de Thomas Carlyle ainsi que le poète William Wordsworth. La plupart des ouvrages que lit Mary Ann Evans en 1838 et 1839 sont des livres religieux, soit des récits et biographies de missionnaires tels que John Williams, soit des ouvrages d'exégèse comme ceux de Robert Leighton (en), soit des manuels d'histoire ecclésiastique comme The History of the Church of Christ de Joseph Milner (en) ou Schism: As Opposed To The Unity Of The Church de John Hoppus.

Elle suit également des cours d'italien et d'allemand auprès de Joseph Brezzi, un professeur de Coventry, ce qui lui permet de lire dans le texte la Storia d'Italia de Carlo Giuseppe Guglielmo Botta, Le mie prigioni (it) de Silvio Pellico et Wallenstein de Friedrich von Schiller.

L'emménagement pour Coventry
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En 1840, Robert Evans prend sa retraite, laissant la gestion de ses affaires à son fils Isaac. Lui et sa fille Mary Ann Evans recherchent un nouvel endroit pour vivre. Finalement ils se décident pour une maison située dans périphérie campagnarde de Coventry sur la route qui mène à Foleshill (en). Ils y emménagent le .

Une rencontre décisive
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Portrait de Charles Bray, probablement dessiné par son épouse.
Harriet Martineau par le peintre Richard Evans.

Soulagée des certaines tâches ménagères, Mary Ann Evans peut élargir sa vie sociale, elle reprend contact avec les s?urs Franklin qui la présentent à Elizabeth Pears qui en la présente à Charles Bray et son épouse Cara à leur résidence de Rosehill à proximité de Foleshill. Charles Bray fait de sa résidence un lieu de rencontres pour les intellectuels animés par des idéaux de réformes sociales comme William Makepeace Thackeray, Herbert Spencer ou Harriet Martineau. Charles Bray décrit sa résidence comme un lieu « favorisant une atmosphère de libre pensée désinvolte, sans prétention et non conformiste ». Bien Charles Bray soit au départ méthodiste, il se convertit à l'unitarisme dont l'approche rationnelle et sa promotion des réformes sociales le séduisent. Il est également un promoteur de cette nouvelle « science » qu'est la phrénologie dont George Combe (en) est le champion. Politiquement, Charles Bray est un owéniste, mouvement socialiste non marxiste fondé par Robert Owen, lui aussi un familier de Rosehill, mouvement auquel adhère également Mary Hennell (en) la s?ur de Cara Bray.

La rupture
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Daguerréotype de William Makepeace Thackeray pris par Jesse Harrison Whitehurst.

Le , peu de temps après sa première visite à Rosehill, Mary Ann écrit à Maria Theresa Lewis « Toute mon âme est absorbée par les plus passionnantes questions qui m'assaillent depuis ces derniers jours, je ne sais où cela va me conduire ! Mais mon seul désir est de connaitre la vérité, ma seule crainte étant de m'accrocher à des erreurs ». Elle fait référence au livre de Charles Hennell (en), le frère de Cara Bray, An Inquiry Concerning the Origin of Christianity publié en 1838, ouvrage qu'elle doit lire avant de se rendre à nouveau à Rosehill. Le contenu de An Inquiry Concerning the Origin of Christianity remet en question les miracles rapportés par les quatre évangiles comme étant contraires aux lois de la nature. Critique qui le conduit non pas à l'athéisme ou l'agnosticisme mais à une reconsidération d'un Jésus, dépouillé de toute divinité, maître de morale prêchant une « religion naturelle ». À la suite de la lecture de An Inquiry Concerning the Origin of Christianity, le Mary Ann annonce à son père qu'elle ne l'accompagnera pas à l'église. Après de violentes disputes entre elle et son père finalement, ils trouvent un arrangement, de son côté il tolère son agnosticisme et elle de son côté sauve les apparences en l'accompagnant à l'église, Mary Ann souscrit à ce compromis le .

Attribuer ce changement de Mary Ann uniquement à l'influence du cercle de Rosehill, semble simplificateur. Dès ses treize ans n'avait-elle pas rencontré l'athéisme par la lecture du roman Devereux par Edward Bulwer-Lytton et lors de ses échanges avec son professeur de langues Joseph Brezzi qui lui professait de façon sereine son athéisme. Les conversations et lectures de Rosehill n'ont-elles pas servies de catalyseurs, révélant des convictions profondes masquées par un puritanisme de façade.

La maturité

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La traductrice de David Strauss (1843-1846)

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Portrait photographique de David Strauss.

En , Mary Ann Evans fait la connaissance d'une autre s?ur de Cara Bray, Sara Hennell (en) qui à son tour lui fait rencontrer en , Elizabeth Rebecca "Rufa" Brabant l'épouse de Charles Hennel et la fille d'un chirurgien de Devizes, le docteur Robert Brabant aux patients célèbres tels Samuel Taylor Coleridge ou Thomas Moore. Ce dernier a appris l'allemand pour pouvoir lire les différentes critiques bibliques qui font florès en Europe. En , il va à Weimar où il rend visite à David Friedrich Strauss l'auteur de Das Leben Jesu (« La Vie de Jésus »), livre qu'il lit. En 1841, Joseph Parkes (en), une personnalité politique de la mouvance de la philosophie radicale s'engage à ce que Das Leben Jesu soit traduit en anglais. De son côté Elizabeth Rebecca Hennel a déjà commencé à traduire une partie de Das Leben Jesu, traduction qu'elle a abandonnée depuis son mariage célébré en . Charles Hennel sachant que Mary Ann Evans possède une solide maîtrise de la langue et de la littérature allemande, lui propose d'achever le travail entrepris par son épouse. Le travail se présente comme particulièrement ardu, l'édition originale comprend près de 1 500 pages. Mary Ann Evans, malgré de violents migraines, finalise sa traduction qui est publiée par la prestigieuse maison d'édition londonienne Chapman & Hall, le sous le titre de The Life of Jesus Critically Examined, sans que soit mentionné le nom de la traductrice.

La sortie de sa traduction suscite des opinions diverses, si la recension du Herald est élogieuse, en revanche un ancien élève de l'Oriel College de l'université d'Oxford, brûle le livre en place publique.

La mort de Robert Evans

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À partir de , la santé de Robert Evans décline de façon inquiétante. Voyant sa fin venir, il écrit ses dernières volontés. Il lègue la propriété du Derbyshire à son fils Isaac ; à ses filles Fanny et Chrissey il leur transmet une dot de 1 000 £ chacune qu'elles toucheront lors de leur mariage et laisse à Mary Ann une somme de 2 000 £. en fiducie. Malgré leurs différends, Mary Ann se rend au chevet de son père et prendra soin de lui jusqu'au bout. Robert Evans meurt le , il est inhumé le aux côtés de son épouse dans le cimetière de Chilvers Coton,

Voyage, questionnements et changement de prénom (1849-1851)

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Portrait de James Anthony Froude, par le peintre écossais Sir George Reid.
James Anthony Froude
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Le , Mary Ann Evans rencontre James Anthony Froude, qu'elle connait pour avoir lu son roman The Nemesis of Faith (en), envoyé auparavant par John Chapman ainsi que Shadows of the Clouds qu'elle a lu en 1847. Les sources ne font pas état de ce qu'ils se sont dits, cela dit Charles Bray propose à James Anthony Froude venir à Paris avec Mary Ann Evans et Cara Bray. Le départ est prévu pour le au port de Folkestone, alors qu'il a donné son accord James Anthony Froude ne se présente pas au prétexte qu'il doit se marier.

Photoglyptie de Eliza Lynn Linton.
Premier voyage en Europe
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Portrait de la cantatrice Marietta Alboni par le peintre Alexis-Joseph Pérignon.

Après deux jours passés à Paris, Charles Bray, Cara Bray et Mary Ann Evans se rendent à Gênes, Milan et s'arrêtent au lac de Côme où se dénoue la fin tragique de The Nemesis of Faith avant de joindre le lac Majeur. Fatiguée par les épreuves liées au décès de son père, Mary Ann Evans n'arrive pas à apprécier les beautés des paysages. Puis le trio remonte les Alpes, fait halte à Vevey et enfin Genève. Là, Mary Ann Evans commence à reprendre des forces et décide d'y rester tout l'hiver. Charles Bray, Cara Bray retournent à Coventry durant l'été 1849. Seule, Mary Ann Evans se repose, prendre soin d'elle-même et se demande quoi faire ? Elle se rend compte qu'elle ne peut pas vivre avec la rente léguée par son père. Comme avenir professionnel, elle envisage après le succès de sa traduction de David Strauss, de se lancer dans la traduction ou bien de se résigner à une carrière d'enseignante comme bien des femmes instruites. Elle se met alors à reprendre la traduction de l'Éthique de Spinoza, du latin vers l'anglais... Et pourquoi pas se lancer dans l'écriture de romans ? Elle se dit en elle-même, Eliza Lynn Linton bien moins instruite n'avait-elle pas déjà son actif la publication de deux romans alors pourquoi pas elle ? De sa pension genevoise, Mary Ann Evans contemple le parc des Eaux-Vives, pensive quant à son avenir littéraire. Sur place, elle se lie avec diverses familles qui se sont réfugiées en Suisse après les diverses révolutions de l'année 1848 qui ont secoué l'Europe. C'est grâce à ces réfugiés que Mary Ann Evans fait la connaissance de François d'Albert-Durade, un peintre de 45 ans, qui lui offre un hébergement plus confortable que celui de sa pension de famille. Sa santé s'améliore sous le regard attentif de madame d'Albert. Elle reprend le piano, va au concert où elle a l'occasion d'assister à un concert donné par la cantatrice Marietta Alboni, au théâtre, Mary Ann Evans reprend une vie sociale et retourne, remise de ses épreuves, au Royaume-Uni en .

Tableau représentant Herbert Spencer par le peintre John Bagnol Burgess.
De Mary Ann à Marian
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De retour de son séjour en Suisse, Mary Ann Evans change son prénom, elle se fait désormais appeler Marian Evans, ; il semblerait que cela vient de la prononciation française de Mary Ann en Marianne. Du printemps 1851 jusqu'à la fin de sa vie, elle signe ses lettres Marian. De son côté, Sarah Hennel la surnomme « Polly », jeu de mots faisant allusion à Apollon, l'Ange de la destruction annoncé dans l'Apocalypse, elle signe de nombreuses lettres adressées au couple Bray ou à Sarah Hennel avec son surnom « Polly ».

L'ami Herbert Spencer

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Portrait photographique d'Auguste Comte.

Marian Evans, de retour à Coventry, est invitée en par John Chapman à une de ses soirées littéraires, elle est présentée à Herbert Spencer, qui travaille pour la revue The Economist et vient d'éditer La Statique sociale. Ils partagent leurs centres d'intérêts, Marian Evans lui fait connaitre le positivisme d'Auguste Comte. Grâce à son travail de directeur de publication adjoint auprès de la revue The Economist, Herbert Spencer reçoit des billets d'entrée gratuite pour des représentations théâtrales ou pour des opéras et y emmène régulièrement Marian Evans à partir du début de l'année 1852, très vite ils deviennent des amis intimes.

Du mois de au mois , Marian Evans se rend régulièrement à Broadstairs dans le Kent, on leur prête une romance et même qu'ils se seraient fiancés. Or les lettres de Marian Evans démentent formellement la rumeur, il n'y a entre eux qu'une forte amitié.

La traductrice de Ludwig Feuerbach (1853-1857)

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Portrait de Ludwig Feuerbach.

En 1853, Marian Evans donne sa démission de la direction de The Westminster Review (en) pour se lancer dans la traduction de Das Wesen des Christenthums (« L'Essence du christianisme ») de Ludwig Feuerbach, commanditée par les éditions Chapman & Hall. Elle achève la traduction en seulement cinq mois. Elle adhère à l'idée argumentée par Ludwig Feuerbach que le concept de Dieu serait l'expression de l'essence de l'homme et plus spécifiquement de la perfection humaine. La première édition en anglais est publiée à Londres par Chapman en 1854, elle est rééditée en 1857 puis en 1881 par Trübner & Co. Elle est publiée aux États-Unis par la maison d'édition bostonienne Houghton Mifflin en 1854, puis par Calvin Blanchard en 1855, puis en 1957 aux éditions Harper & Row de New York avec une introduction de Karl Barth et un avant-propos de H. Richard Niebuhr.

Second voyage en Europe (1854-1855) : début de la vie commune avec George Henry Lewes

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Portrait de Goethe par le peintre Ferdinand Jagemann.

Le , Marian Evans et George Henry Lewes, qui lui avait été présenté trois ans auparavant par leur ami commun Herbert Spencer, prennent le bateau pour se rendre sur le continent et plus spécialement à la Confédération germanique pour approfondir leurs recherches sur Goethe. Pour cela ils se rendent à Weimar et Berlin, ils sont reçus et admis à la Société allemande de littérature. À Berlin, ils sont reçus par la haute société berlinoise, ils y rencontrent Otto Gruppe (en) un spécialiste de la mythologie et des dramaturges grecs et Adolf Stahr qui partage avec le couple sa passion envers Goethe et Spinoza, l'acteur Ludwig Dessoir, le physicien Heinrich Gustav Magnus, le sculpteur Christian Daniel Rauch, etc. Le couple rend visite à David Strauss dans sa résidence du Royaume de Wurtemberg, lors de leurs échanges, David Strauss reproche à Marian Evans d'avoir relativisé ses positions les plus radicales dans sa traduction de Das Leben Jesu. Après cela, ils prennent le bateau pour aller par le Rhin rejoindre la ville de Coblence. Puis ils descendent le Main pour faire escale à Francfort-sur-le-Main pour faire une halte devant la maison natale de Goethe. Puis ils se rendent à Weimar, ville où laquelle Franz Liszt est le maître de chapelle officiel du grand-duché de Saxe-Weimar-Eisenach depuis 1848, or George Henry Lewes est un ami de Franz Liszt depuis 1839, il l'a prévenu de sa visite, le , le couple est invité à partager le petit déjeuner chez le célèbre pianiste. Pendant la semaine suivante Franz Liszt les présente à Anton Rubinstein, leur fait écouter les opéras de Wagner tels que Le Vaisseau fantôme, Lohengrin et Tannhäuser. Ils ont également l'occasion d'assister à un récital donné par la pianiste Clara Schumann. À la fin de ce voyage George Henry Lewes finalise son manuscrit sur la vie de Goethe. Pendant ce voyage, Marian Evans et George Henry Lewes peuvent vivre librement leur union. Ils retournent en Angleterre en .

La traductrice de Spinoza (1855-1856)

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Un contexte difficile
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Photographie du 1?5 and 6 Sydney Place.
Portrait de Spinoza par un peintre inconnu.

De retour à Londres, George Henry Lewes loue un appartement pour Marian Evans dans le quartier luxueux du 1?5 and 6 Sydney Place (en), pendant cinq semaines, le couple ne se verra pas. Marian Evans en profite pour travailler sur la traduction de l'Éthique de Spinoza, texte dont l'original est rédigé en latin sous le titre de Ethica Ordine Geometrico Demonstrata. Elle s'y met tous les matins après sa promenade le long de la Castle Hill. Cette période pose de multiples problèmes à George Henry Lewes tant financiers que familiaux, il fait une bonne affaire avec la vente de son livre Life of Goethe, pour faire « bouillir la marmite » il écrit une pièce de théâtre, une farce en un acte Buckstone's Adventure with a Polish Princess, il doit gérer seul son journal le Leader depuis le départ de Thornton Leigh Hunt pour devenir le directeur de publication du quotidien The Daily Telegraph. Il doit également prendre charge les frais d'éducation de ses enfants et ceux de leur mère.

Disputes autour de la traduction
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Marian Evans achève la traduction de l'Éthique en , avant de l'envoyer à l'éditeur, elle demande à George Henry Lewes qui séjourne à Ilfracombe d'en rédiger une introduction.

L'éditeur Henry George Bohn (en) possède dans son catalogue une traduction du Traité Théologico-Politique de Spinoza et donc voit d'un bon ?il la perspective de compléter le catalogue par une traduction de l'Éthique, aussi passe-t-il en 1854 un accord entre lui et Marian Evans pour publier sa traduction. Comme promis, le manuscrit achevé est envoyé le , à Henry George Bohn, ce dernier propose une rémunération de 50 livres sterling alors que Marian Evans s'attend à un minimum de 75 livres sterling. Il s'ensuit des échanges de courriers qui s'enveniment avec le temps. Marian Evans obtient le retour du manuscrit, elle le propose à d'autres maisons d'édition en vain. Sa traduction ne sera publiée dans sa version intégrale qu'en 1981.

De Marian Evans à George Eliot (1856-1858)

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En 1856, Marian Evans écrit dans son journal intime qu'elle caresse l'envie d'écrire des oeuvres de fiction. C'est ainsi que le , elle commence à rédiger sa première nouvelle Amos Barton, qu'elle achève le . Lorsqu'elle montre le manuscrit à George Henry Lewes, celui-ci se montre enthousiaste et le fait lire par John Blackwood qui partage son enthousiasme et publie la nouvelle de façon anonyme dans le numéro de du Blackwood's Magazine. Dès le , Marian Evans s'attelle à la rédaction d'une seconde nouvelle Mr. Gilfil's Love-Story qu'elle achève et envoie à John Blackwood le . C'est la première fois qu'elle signe sous le nom de George Eliot. Elle explique le choix de nouveau nom de plume, c'est une composition avec George qui est le prénom de George Henry Lewes et Eliot qui pour elle est un nom facile à prononcer. Cela dit, la première occurrence de George Eliot comme signataire d'une oeuvre littéraire apparaît avec la publication du recueil de nouvelles Scenes of Clerical Life comprenant les trois nouvelles Amos Barton, Mr. Gilfil's Love-Story et Janet' Repentance écrit pendant un séjour aux Îles Scilly et de Jersey. Dans ces trois nouvelles, en plus des hypocrisies des clercs, un thème revient, la capacité des femmes à aimer malgré les vicissitudes de la vie.

Les dernières années

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Portrait d'Ivan Tourgeniev peint par Ilia Répine.
Portrait photographique d'Alfred Tennyson.

La mort de George Henry Lewes

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La vie de George Eliot est endeuillée par la mort de George Henry Lewes, survenue le des suites d'une entérite et d'un cancer des intestins à l'âge de 61 ans. Après ses funérailles célébrées par le docteur Sadler à la Rosslyn Hill Unitarian Chapel (en), il est enterré au Cimetière de Highgate le . juste après avoir envoyé le manuscrit du dernier recueil de nouvelles de George Eliot Impressions of Theophrastus Such (en) aux éditions Blackwood. Parmi les condoléances figure une lettre de Tourgueniev qui lui apporte son sincère soutien, condoléances suivies par celles de Benjamin Jowett, Robert Browning, Alfred Tennyson, Edward Burne-Jones, Mark Pattison (academic) (en) suivies également par plusieurs lettres venant de toutes les parties du monde. Pour rendre hommage à son amant et compagnon, elle achève la rédaction de ses derniers manuscrits comme le quatrième volume de The Study of Psychology, qui est publié en 1879 aux éditions Trübner ainsi que Mind as a Function of Organism. En 1879, elle crée une bourse d'études « George Henry Lewes » d'un montant de 5 000 £, le premier bénéficiaire est le docteur Charles Roy, puis une femme, Winifred Parson. Les réactions de George Eliot à ce deuil sont comparables à celles vécues par la reine Victoria après la mort du Prince Allbert en 1861.

Mariage avec John Cross

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Après la mort de George Henry Lewes, George Eliot se retire pour mener une vie solitaire et écrire son dernier recueil de nouvelles Impressions of Theophrastus Such (en) qui est publié en 1879 et tiré à 6 000 exemplaires par les éditions Blackwood. John Blackwood meurt le . John Cross, son banquier, rend visite à George Eliot dans sa résidence d'été et noue une relation amoureuse avec elle bien qu'il soit de vingt ans son cadet. Le . Leur mariage est célébré à l'église anglicane Saint-George à proximité de Hanover Square, à la grande surprise des amis de George Eliot qui connaissent son agnosticisme, puis les époux Cross partent en voyage en France et en Italie. John, qui tombe aussitôt en dépression, tente de se suicider en se jetant dans le Grand canal de Venise depuis le balcon de leur hôtel. Ils emménagent le dans leur nouvelle résidence.

La mort de George Eliot

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George Eliot souffrait depuis plusieurs années d'insuffisance rénale, elle est de surcroit victime d'une infection pulmonaire. Elle meurt le . Après ses funérailles célébrées par Thomas Sadler (en), elle est enterrée le au Cimetière de Highgate aux côtés de George Henry Lewes.

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